Qu'en pense la loi ?

Rencontre avec Georges Azzaria

Georges Azzaria est professeur agrégé pour la Faculté de droit de l’Université Laval.

Il enseigne la propriété intellectuelle et la sociologie du droit. Ses recherches s’intéressent aux rapports entre l’art contemporain et le droit d’auteur ainsi qu’au statut socioéconomique de l’artiste. Il a siégé au sein de plusieurs conseils d’administration d’organismes culturels et occupe depuis l’automne 2009 le poste de vice-doyen aux études supérieures et à la recherche de sa faculté.



Catherine : Quelles seront les conséquences juridiques directes de la Loi C-11?

M. Azzaria : Avec la Loi-C11, tout devient très confus. On ne comprend pas toujours ce qu’on veut dire, on utilise des mots qui ne veulent pas dire la même chose. C’est surtout dans la manière que c’est formulé que ça pose problème. Il va y avoir des contestations sur l’interprétation. Il y a de fortes chances que ça se rende en Cour suprême.

Catherine : Sur quels aspects les contestations se feront-elles?

M. Azzaria : Comment cette loi-là va être contestée? Le principal argument vient du fait que cette loi sera adoptée telle quelle. Le Canada contrevient à des obligations internationales auxquelles il s’était engagé. Dans ce cas-ci, on parle de la convention de Berne, une vieille convention datant de la fin du XIXe siècle. Cette convention installe les bases sur les droits d’auteur en fonction d’un test à trois étapes. La loi C-11 va directement à l’encontre de celles-ci.
Avec Berne, c’est seulement dans certains cas spéciaux qu’on peut contourner ces droits. Entre autres, il ne faut pas que l’exception aille à l’encontre de l’explication normale de l’œuvre et/ou qu’elle porte préjudice aux propos de l’auteur. On pense que les auteurs seraient lésés dans leur droit légitime avec la C-11. 
Des lois pas claires, ça ne simplifie pas les choses, ça les complique. Les lois compliquées, c’est dans 10 ans qu’on va en voir les impacts.

Catherine : Quelles sont les ressources  à la disposition des artistes?

M. Azzaria : Comment un artiste peut se plaindre. C’est difficile à dire puisque ce n’est pas encore clair comment va s’organiser la contestation. Ce qui pourrait arriver, c’est que cela se fasse par le biais d’un pays étranger. «Écoutez Canada, on porte plainte par rapport à l’utilisation d’une œuvre de notre patrimoine.»
La meilleure façon de faire entendre ses droits serait de dire que le Canada contrevient à ses obligations. Puisque les associations vont perdre des revenus,  elles seront les premières à se soulever. On parle de pertes de revenus qui se chiffrent à plusieurs millions de dollars selon Copibec.
Il pourrait même y avoir contestation sur la contestation. Pour pouvoir donner un blâme d’un pays à l’autre, il va falloir un peu de créativité et se tourner vers des organismes comme l’Organisation mondiale du commerce.

Catherine : Vous dites qu’il y aura, sans doute, des contestations sur les contestations?

M. Azzaria : Les universités semblent très contentes de l’instauration de cette loi, parce qu’elles vont payer beaucoup moins cher. À mon point de vue, c’est un scandale plus important que les frais de scolarité en termes de retombées économiques. Certaines institutions vont interpréter la loi en leur faveur. On va jouer autour de termes comme l’éducation équitable.
Ça veut dire quoi «à des fins d’éducation équitable»? Est-ce que ça veut dire faire des copies numériques pour tous les étudiants?
Bref, C-11 ça va vouloir dire beaucoup d’argent pour les avocats et ça, ce n’est pas une bonne nouvelle.